Revue de littérature #15

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Décès de Bruno Latour - Retour sur les entretiens d'Arte Vidéo

Arte - Entretien avec Bruno Latour

A l'automne 2021, le philosophe et sociologue des sciences Bruno Latour déroulait face à Nicolas Truong ses réflexions sur le nouveau monde qui s'impose avec le changement climatique et précisait les grands éléments de sa pensée. Il nous a quittés le 9 octobre 2022.

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Tribune du monde : L’appel de 2 200 agents publics : « Nous demandons une accélération urgente de la décarbonation de tous les services publics »

Tribune collective, publiée le 3 octobre 2022.

L’administration publique doit participer à l’effort national pour le climat, affirme, dans une tribune au « Monde », un collectif d’agents de l’Etat et des collectivités territoriales, à l’initiative du Shift Project, soutenus par 3 600 citoyens. Ils proposent notamment d’augmenter la part des protéines végétales à l’hôpital et dans les écoles, de favoriser les mobilités actives des salariés et de limiter la consommation énergétique des bâtiments publics.

Voici quelques extraits de la tribune : 

"Les enjeux soulevés par le dérèglement climatique n’ont jamais été aussi présents dans les préoccupations de nos concitoyens. La dépendance aux énergies fossiles et à un ensemble de ressources physiques épuisables, les atteintes à la biodiversité fragilisent et mettent en péril notre société et sa cohésion. Une évolution profonde et rapide de nos modes de vie, de consommation et de production est indispensable. La déclaration de la COP26 tenue à Glasgow en novembre 2021 a encore rappelé l’urgence à agir pour limiter le changement climatique et se préparer à affronter ses impacts. Chaque rapport du GIEC décrit de manière plus précise les conséquences dramatiques de l’inaction. Nous, agents publics, avec le soutien de nombreux citoyens et usagers du service public, demandons donc une accélération urgente de la décarbonation du fonctionnement de l’Etat, des collectivités territoriales et de tous les établissements publics.

Nous voulons faire notre part dans la transition bas carbone de notre pays. Et cette part est importante. Parce que l’administration publique représente 20 % de l’emploi en France. 

Car nous sommes engagés pour le maintien d’un service public accessible à tous. Nous ne voulons pas que nos missions soient mises en péril par les conséquences inévitables du dérèglement climatique. Nous devons préparer dès maintenant un service public résilient et capable d’accompagner, en toutes circonstances, nos concitoyens, notamment les plus vulnérables, qui sont et seront les plus touchés par les crises climatiques et énergétiques. Comme au travers des écoles, des services administratifs, des équipements sportifs et culturels, des établissements de santé, etc., l’administration est au cœur de la vie quotidienne de chaque citoyen et elle doit, dès lors, être exemplaire. 

Il faut inciter les secteurs économiques concernés à accélérer leur propre décarbonation pour répondre aux exigences d’une commande publique résolument bas carbone. Car nous pensons que la puissance publique aura un rôle majeur à jouer dans la transition bas carbone de l’économie et de la société française. Comment serait-elle légitime, crédible et pertinente pour impulser, via les politiques publiques cohérentes, cette transformation si elle n’a pas engagé un processus de décarbonation volontariste et ambitieux pour elle-même ? Il faut aller plus vite, plus fort et partout Autrement dit, décarbonation bien ordonnée commence par soi-même ! 

Pour cela, nous demandons une impulsion politique déterminée pour mettre en ordre de marche toutes les administrations. Sans cette impulsion, la décarbonation ne sera pas à la hauteur des enjeux et restera trop dépendante de la bonne volonté et de l’investissement individuel de personnels convaincus mais souvent isolés ou démunis.

C’est pourquoi nous appelons le gouvernement et les exécutifs locaux à déclarer une mobilisation générale pour mener à bien la décarbonation des administrations qu’ils dirigent. Et à prendre les décisions organisationnelles et budgétaires qui s’imposent – qui sont connues."

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"Rendre la sobriété désirable" Magali Payen

"Rendre la sobriété désirable" Magali Payen

"Rendre la sobriété désirable" Magali Payen

Transcription

Les mondes de l'art, de la littérature, du cinéma, du jeu vidéo, de la création doivent jouer un rôle dans la fondation d'un nouveau modèle de société basé sur la sobriété. C'est ce qu'affirme Magali Payen, fondatrice de l'ONG « On est prêt » et de la société de production Newtopia aux côtés de Cyril Dion et Marion Cotillard.

Dans le cadre d'une conférence, intitulée Imagine 2050 ou comment rendre la sobriété désirable, Magali Payen cherche de nouveaux récits mobilisateurs et impactants qui racontent un nouveau modèle résilient et écologique.

En s'appuyant sur les données scientifiques, notamment des rapports prospectifs de l'ADEME (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie), Magali Payen tente d'imaginer des récits en rupture avec les dystopies et les utopies. En s'opposant à « l'idyllisme et aux facilités symétriques », en refusant de « fuir le réel » sa démarche consiste à garder un pied dans l'imaginaire et un autre dans le réel.

Les coopératives énergétiques citoyennes, des modèles originaux pour plus de sobriété ?

Publié le 6 octobre 2022, par Philippe Hamman Professeur de sociologie, Université de Strasbourg.

Voici quelques extraits de l'article : 

Lors de l’interview télévisée du 14 juillet 2022, le président Macron a annoncé un « plan de sobriété énergétique » dans lequel il s’agit de « rentrer collectivement ». Jusqu’alors étaient surtout avancées des adaptations du mix énergétique – moins d’énergies carbonées (pétrole, gaz) ou nucléaire, plus de renouvelables (éolien, photovoltaïque) –, sans remettre en cause le principe de l’abondance énergétique. Les références à la sobriété s’analysent, elles, comme des transactions de rupture : produire et consommer moins. Ceci rappelle la « sobriété heureuse » popularisée par Pierre Rabhi, qui évoque « le choix d’une sobriété libératrice et volontairement consentie, [afin de] remettre l’humain et la nature au cœur de nos préoccupations ».

Avancer le registre de l’exemplarité individuelle

En tant que cheminement maîtrisé – la « planification écologique » posée par le gouvernement Borne –, la transition énergétique peut se lire comme une systématisation des comportements et des actions, du niveau global à la sphère individuelle, jusqu’aux usages quotidiens : ainsi des campagnes visant à promouvoir une douche plutôt qu’un bain, pour économiser l’eau, etc. Cela conduit à réfléchir à la place des individus dans la transition. Le citoyen lui-même est de plus en plus appelé à agir, et pas seulement les jeunes.  

À chacun de « faire sa part » au quotidien : ce serait une consécration de l’appel du Mouvement Colibris. « On pompe des matériaux, le jour où il n’y aura plus ces matériaux, qu’est-ce qu’on fait ? Moi je crois beaucoup, comme dirait Pierre Rabhi, à la sobriété heureuse », relaye un coopérateur des Centrales villageoises (CV) de Saverne (entretien, 31/03/2020).

Les coopératives énergétiques produisent à partir de sources renouvelables et d’installations décentralisées. Le modèle repose sur une participation économique des membres ou actionnariat citoyen, dans l’objectif d’ouvrir le financement et le pilotage à des acteurs locaux dans un territoire. Ces initiatives sont lancées le plus souvent à l’intersection entre des citoyens engagés pour la cause écologique, des élus désireux de se positionner localement et des profils d’acteurs professionnels en rapport avec le domaine de l’énergie.

Individualisation ou gouvernementalité de la transition énergétique ?

Le 2 juillet 2022,84 patrons français, dont ceux d’Engie, EDF et TotalEnergies, ont publié une tribune appelant à une « sobriété d’urgence face à la flambée des prix de l’énergie » ; des associatifs investis dans la transition écologique ont alors répondu que « si chacun peut faire un geste, la part aisée de la population est la première à pouvoir et devoir agir ». Cet échange met en lumière une double dimension des processus en jeu. La première renvoie à la « gouvernementalité » comme exercice diffus du pouvoir, explicité par Michel Foucault. Elle s’incarne dans des « écogestes » adressés au citoyen pour produire une forme d’autogouvernement. Un tel discours générique de mise en responsabilité individuelle est repris par certains coopérateurs. Selon un adhérent d’Énergies Partagées en Alsace (EPA), « la structure étatique ne peut pas avoir réponse à tout et elle a montré les limites de ses capacités. […] C’est par le comportement individuel qu’on pourra progresser vers une vie plus acceptable pour tous » (entretien, 15/05/2020).

Cette optique représente un certain déplacement du sens des communs, au-delà de la gestion de ressources. Elle apparaît en effet connectée avec une société de l’information en « accès libre » : « Tout le monde est sur Internet, même les plus anciens. […] La source d’information est là, on ne peut pas dire qu’on ne sait pas » (entretien, coopérateur EPA, 22/05/2019).

Concrétiser la transition énergétique dans l’épaisseur du social

Or, une seconde perspective a trait à l’épaisseur du social : à la fois les rapports entre sensibilité de principe et passage à l’action effective, et les capacités d’action concrètes au quotidien, qui sont distinctives entre les groupes sociaux.

D’une part, chaque coopérateur met en avant des priorités sur tel ou tel domaine, sans vision panoptique. Cette complexité pratique ressort nettement des évocations du compteur Linky – controversé, tant en termes sanitaires que de surveillance à distance. Si l’on entend certaines dénonciations, d’autres y trouvent un appui à une consommation raisonnée. En même temps, la part de la maîtrise technique fait que l’on se sent plus ou moins habilité à s’engager dans un projet.

D’autre part, le prix des actions dans les coopératives énergétiques n’est pas neutre. En France, le modèle des Centrales Villageoises (CV) défend un prix limité en vue d’une démocratisation des renouvelables : « Il y a pas mal de CV qui font leurs parts à partir de 50 € en espérant que ça encourage pas mal de gens à mettre juste un peu d’argent symboliquement, mais qu’ils se sentent engagés » (entretien, président des CV d’Alsace centrale, 03/05/2019). Un autre modèle privilégie un prix plus élevé devant faciliter le financement de projets. Ces choix sont susceptibles d’évoluer. Le défi est double : assurer une viabilité financière aux projets sans renforcer les lignes de partage socio-économiques. Une rapide énumération de profils parmi les membres est riche de sens.  

In fine, les expériences de coopératives énergétiques citoyennes font ressortir un domaine de validité des voies et des moyens du changement en train de se faire : quels types de transformation et qui y prend part ou non. C’est là une problématique fondamentalement sociale.

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Thimotée Parrique & Thomas Coutrot : Quelle économie face aux limites planétaires ? Décroissance et socialisme en discussion.

Décroissance et socialisme en discussion.

Décroissance et socialisme en discussion.

Transcription

Alors que les chaleurs de cet été ont encore battu des records, le courant de la décroissance a le vent en poupe. Timothée Parrique formule dans son livre, « Ralentir ou périr », une série de propositions concrètes pour une société décroissante et écologique.
Thomas Coutrot, économiste membre d’ATTAC France, contribue aussi grandement aux réflexions actuelles sur les transformations nécessaires du système économique. Son travail nous offre une vision d’une économie radicalement démocratisée.
Décroissance et socialisme
démocratique peuvent-ils faire alliance pour rendre ce monde plus juste et plus écologique ? Venez nombreux-ses pour entendre ces deux économistes inspirants !

Crise de l'énergie : ces mesures de la Convention citoyenne pour le climat qui auraient pu être utiles

France Télévisions - Article rédigé par Thomas Baïetto  et Marie-Adélaïde Scigacz 
Publié le 06/10/2022 

En 2020,150 citoyens tirés au sort avaient proposé 149 mesures, largement ignorées ou édulcorées par le gouvernement. Certaines d'entre elles sont désormais reconsidérées pour faire face à la crise énergétique.

Il y a deux ans, la Convention citoyenne pour le climat (CCC) avait remis à la ministre de la Transition écologique d'alors, Elisabeth Borne, 149 mesures pour lutter contre le réchauffement climatique. Parfois moqué par le président de la République, souvent ignoré et édulcoré par le gouvernement, le travail des 150 citoyens tirés au sort voit sa pertinence renouvelée en pleine crise énergétique. La question de la sobriété, jugée "incongrue" à l'époque par le pouvoir, selon l'un des participants, va faire l'objet d'un plan ad hoc, présenté jeudi 6 octobre par... Elisabeth Borne, devenue Première ministre. 

Franceinfo revient sur ces mesures qui auraient pu permettre de réduire nos consommations d'électricité, de gaz ou de pétrole, en plus de lutter contre le réchauffement climatique.

Accélérer la rénovation énergétique

Ce que proposait la Convention citoyenne.
La rénovation énergétique des bâtiments consiste à mieux les isoler pour diminuer leur consommation d'énergie et augmenter leur confort en cas de coup de froid ou de vague de chaleur. Pour accélérer le rythme de ce chantier crucial, les 150 citoyens tirés au sort proposaient une série de mesures pour "contraindre les propriétaires occupants et bailleurs à rénover leurs biens de manières globales". Le texte insistait également sur la nécessité d'encourager les rénovations globales, plus performantes, par rapport à celles par geste.

Ce qu'a fait le gouvernement.
Une partie de ces mesures sont reprises dans la loi Climat et résilience, mais avec d'importantes modifications. Aucune obligation ne s'applique aux propriétaires occupants. Aucune sanction via un malus sur la taxe foncière n'est prévue. Le gel de l'augmentation des loyers pour les passoires thermiques est entré en vigueur en 2022 (et non en 2021). La question de la rénovation globale n'apparait pas. 

Limiter le chauffage à 19°C

Ce que proposait la Convention citoyenne.
La Convention citoyenne pour le climat proposait une campagne d'information et de sensibilisation à destination des particuliers et une obligation pour les bâtiments et espaces publics, ainsi que les bureaux, qui "devront faire un effort d'exemplarité". Les hôpitaux, Ehpad, cabinets médicaux et autres établissements similaires étaient exemptés de cet effort.

Ce qu'a fait le gouvernement.
L'exécutif s'est contenté de rappeler que cette proposition était déjà prévue par le Code de l'énergie et de mettre en avant un appel à projets pour le financement de travaux au sein des bâtiments de l'Etat. Ce n'est que tout récemment qu'Emmanuel Macron, puis Elisabeth Borne, se sont mis à marteler cette "règle". 

Réguler la publicité

Ce que proposait la Convention citoyenne.
Pour les participants, la sobriété passe inévitablement par la lutte contre la sur-consommation. Changer de modes de vie sous-entend de "faire évoluer les comportements du consommateur", via une régulation de la publicité. La Convention citoyenne proposait d'interdire dès 2023 la publicité sur les produits les plus polluants, en s'inspirant de la loi Evin, qui a banni la promotion de l'alcool et du tabac. En outre, elle proposait une régulation stricte des affichages avec écran vidéo, interdits "dans l'espace public, les transports en commun et dans les points de vente".

Ce qu'a fait le gouvernement.
En 2021, la loi Climat et résilience s'est attaquée aux écrans vidéo, notamment dans les vitrines de magasins, en permettant aux élus locaux de définir notamment des "horaires d'extinction". Le risque de pénurie d'énergie a toutefois réussi là où avait échoué la menace du réchauffement climatique : un futur décret entend harmoniser les règles existantes d'extinction des publicités lumineuses de 1 heure à 6 heures du matin et instaurer des amendes allant jusqu'à 1 500 euros par publicité ou par enseignes non éteinte. 

Diminuer les engrais azotés

Ce que proposait la Convention citoyenne.
Utilisés par l'agriculture conventionnelle pour augmenter les rendements, les engrais azotés sont une source de gaz à effet de serre, qui réchauffent le climat, et de polluants pour l'air que nous respirons. Leur coût a bondi avec la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine, parce qu'ils sont produits avec du gaz. En 2020, la Convention citoyenne proposait d'augmenter la taxe générale sur les activités polluantes, pour diminuer l'usage de ces engrais.

Ce qu'a fait le gouvernement.
Dans la loi Climat et résilience, cette augmentation de la taxe est remplacée par de simples objectifs de réduction en 2030. Toute idée de contrainte et d'obligation a disparu : si ces objectifs ne sont pas remplis deux années de suite, le gouvernement "envisagera"la mise en place d'une redevance,"tout en veillant à préserver la viabilité économique des filières agricoles concernées". 

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Podcast #Techologie : Techno-luttes, les nouveaux visages de la #technocritique avec Nicolas Celnik

Nicolas Celnik est journaliste et co-auteur avec Fabien Benoit de "Techno-luttes, enquête sur ceux qui résistent à la technologie", aux éditions du Seuil en partenariat avec Reporterre.

Les sujets abordés dans ce podcast :

- Qu'est ce qui vous a donné envie d'écrire ce livre ?
- Quels sont les nouveaux visages de la technocritique ?
- Dans l'agriculture, que retiens tu des rencontres avec les organisations telles que « Atelier paysan » et « faut pas pucer » ?
- Quel rôle de l'urgence climatique dans ce renouveau technocritique ?
- Quel rôle a joué la crise sanitaire dans ce renouveau technocritique avec un public réactionnaire sur le sujet du vaccin, parfois rétrograde sur le rôle de la femme et aussi transphobe ?
- La dématérialisation a créé plus de problèmes qu'elle n'en a résolu ?
- Quelles sont les modalités d'actions des groupes anti technologies ?
- Y a t-il des actions de sabotage-soft au quotidien, sans risque ?
- Comment expliquer les critiques qui touchent aussi l'alternumerisme, représenté en France par l'association Framasoft.
- Y a t-il des actions pour aller chercher les personnes pas encore sensibilisés sur les enjeux technologiques, ou peu politisés, afin de ne pas s'isoler dans un entre-soi ?

Le podcast
L'ouvrage