Revue de littérature #28

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Podcast - Les affres de la reconversion écologique

Podcast de France Culture - Publié le 13 janvier 2023

Pour que la transition écologique se passe au mieux et que le processus s’accompagne notamment de la création des emplois nécessaires, des mouvements doivent être convenablement anticipés. Qu'en est-il ? Trois études parues récemment font le point sur le caractère urgent et insuffisant du processus d’anticipation et d’accompagnement des reconversions rendues nécessaires par la transition écologique.

Des scénarii pour une transition écologique juste du secteur automobile

En juin 2021, une étude intitulée "Automobile : notre scénario pour une transition juste", était publié par la Fondation pour la Nature et l’Homme et la CFDT. En introduction, les commanditaires rappelaient que face au risque réel de désindustrialisation, accélérer la transition écologique du secteur automobile est le plus sûr moyen de maintenir la production en France. Depuis dix ans, 100 000 emplois ont été supprimés dans l’ensemble de la filière automobile, en raison notamment des délocalisations et une saignée identique pourrait se produire d’ici 2035, date de la fin de la vente des véhicules thermiques neufs en Europe. L’étude propose un scénario qui prend résolument le tournant du véhicule électrique et qui permet d’afficher 33 % d’emplois supplémentaires en 2050 par rapport au scénario tendanciel. Il s’agit de restructurer l’appareil productif autour de l’électromobilité dans une optique de réindustrialisation et de produire 2,3 millions de moteurs en France en 2030. Mais cela suppose notamment de faire en sorte que tous les salariés accèdent dès maintenant aux dispositifs de formation et de reconversion et de conditionner les aides au secteur à des critères sociaux et écologiques.

Le défi des reconversions : le cas du charbon français

En septembre 2022, l’Institut Veblen et le Réseau Action Climat publiaient une étude intitulée "Emploi et climat. Relever le défi des reconversions. Le cas du charbon français". Analysant le comportement des entreprises charbonnières menacées de fermeture, les auteurs mettent en évidence le fait que tant que la contrainte ne s’impose pas aux entreprises, à travers une nouvelle norme, réglementation ou interdiction, elles n’envisagent pas de réel intérêt à investir le champ de l’adaptation des compétences et de l’éventuelle reconversion de leurs effectifs salariés. L’exercice de la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences semble n’être une réalité que pour certains grands groupes en ayant les moyens (financiers et humains) et ayant historiquement vécu des périodes difficiles les ayant poussés à déployer cette politique de GPEC. 

La responsabilité des pouvoirs publics

Il y a donc bien une responsabilité y compris des pouvoirs publics, aussi bien au niveau national que régional et pour les bassins d’emplois, à donner cette visibilité aux entreprises à travers la planification écologique. Les enjeux de développement des compétences et de reconversion des salariés doivent être sérieusement intégrés à la fois aux exercices d’élaboration de la stratégie nationale bas carbone et de la programmation pluriannuelle de l’énergie au niveau national, avec un plan de programmation des emplois et des compétences qui y soit adossé, aux schémas régionaux d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (SRADDET) au niveau régional et aux plans climat-air-énergie territoriaux (PCAET) au niveau territorial. Les auteurs rappellent également que les salariés concernés prennent rarement eux-mêmes l’initiative d’une reconversion et que les ouvriers et employés non-qualifiés ont deux fois moins de chances que les cadres de retrouver un CDI après leur reconversion. (...).

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Face à la crise climatique, un dialogue de sourds très politique entre économistes et scientifiques

Article payant du Monde, publié le 16 janvier 2023, par Elsa Conesa.

Quelques extraits : 

Les deux notes ont été publiées à quelques mois d’écart, chacune avec un certain retentissement. Dans l’une, des milliards d’euros à dépenser, dans l’autre un plan. Deux stratégies distinctes pour faire face à la crise climatique : la première, écrite par l’économiste Jean Pisani-Ferry pour France Stratégie, un organisme rattaché à Matignon, avance un chiffrage des investissements nécessaires en France pour décarboner l’économie – 70 milliards d’euros par an. La seconde, un « plan de transformation » produit par le think tank The Shift Project, organisation militante fondée par des experts du climat, propose d’abord un inventaire des ressources naturelles disponibles, puis un plan pour en optimiser la consommation dans chaque secteur, en parlant « tonnes, watts, personnes et compétences ». Pas d’argent, qui « n’est jamais une donnée d’entrée du problème » ni « un facteur limitant », selon le document. « Au Shift, nous ne faisons pas de chiffrage en euros, résume Michel Lepetit, ingénieur pour l’organisation. La contrainte numéro un est physique. »  

En matière climatique, économistes et scientifiques parlent, depuis trente ans, deux langues différentes. Les premiers, convaincus de la puissance du marché, abordent le sujet par les prix, seuls capables, à leurs yeux, de donner une valeur aux ressources naturelles et de modifier les comportements humains – lorsque les prix augmentent, les individus sont censés chercher des solutions de substitution. Les seconds, en bons physiciens, l’approchent généralement par les quantités, la finitude de la planète étant une contrainte indépassable, tandis que la monnaie se crée et s’imprime à volonté, comme les dernières crises économiques l’ont montré.

« A chaque fois qu'il faut gérer moins, il n'y a que deux options, par les prix ou par les quantités, résumait le fondateur du Shift Project, Jean-Marc Jancovici, sur France Inter, en novembre 2022

Ces divergences ne datent pas d’aujourd’hui. Dès les années 1970, lorsque le rapport Meadows, écrit par une équipe de scientifiques américains, pose pour la première fois la question des limites physiques de la croissance économique, il fait immédiatement l’objet de virulentes critiques de la part des économistes, notamment de William Nordhaus, de l’université Yale (Connecticut), qui lui reproche de ne pas avoir inclus une dimension monétaire.

« Dans nos sociétés, il faut un prix, insiste l’économiste Christian Gollier, l’un des spécialistes du climat. C’est ça qui fait changer les comportements. » En témoignent les craintes autour des coupures d’électricité cet hiver. « Le fait de ne pas vouloir passer par les prix conduit à des logiques de rationnement, qui sont nécessairement aléatoires et injustes. » Un Etat planificateur chargé de rationner les ressources rares est pour lui la pire des solutions. « Avec le signal prix, on fait confiance aux marchés », avance-t-il, déplorant que le Haut Conseil pour le climat compte encore peu d’économistes.

Autre reproche fait aux modèles économiques : ils intègrent mal l’hypothèse d’une baisse de la consommation, qu’on cherche à obtenir par le biais de la sobriété. Par construction, ils montrent que la transition écologique produit moins de croissance et d’emplois, au moins dans un premier temps. Et ne parviennent pas à prendre en compte le bien-être potentiellement généré par un mode de vie moins polluant, par exemple par des trajets à vélo.  

Finalement, « on a parfois le sentiment d’un dialogue de sourds, mais, en réalité, les deux langages produisent un résultat similaire, avance Antonin Pottier, maître de conférences à l’Ecole des hautes études en sciences sociales et auteur de l’ouvrage Comment les économistes réchauffent la planète (Seuil, 2016). Que l’on parle des prix ou des quantités, on a de toute façon un bouleversement radical des manières de vivre, dont on a encore du mal à prendre la mesure. »

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Podcast Libre à vous - Les 10 ans de la mort d’Aaron Swartz

Emission Libre à vous du 10 janvier 2023

Les 10 ans de la mort d’Aaron Swartz (informaticien, militant des libertés informatiques et de la culture libre, décédé malheureusement le 11 janvier 2013 à l’âge de 26 ans), avec Flore Vasseur et Amaelle Guiton.

Le podcast
La biographie d'Aaron Swartz
Article de Libération

Le parcours de combattant des pionniers des transitions dans le sup'

Article de Campus Matin, par Isabelle Cormaty, publié le jeudi 12 janvier 2023

Du Grenelle de l’environnement en 2007 à la remise du rapport Jouzel au début de l’année 2022, les enjeux liés au développement durable et à la responsabilité sociétale ont pris de l’importance dans l’ESR. Un président d’université et les référents développement durable de la Conférence des grandes écoles et de France Universités retracent les principales étapes ayant permis la prise en main de ces sujets par les institutions du supérieur.

Le Grenelle de l’environnement a créé une dynamique dans l’ESR

Si le Grenelle de l’environnement en 2007 marque l’un des premiers jalons de la mobilisation de l’ESR sur le développement durable, la Conférence des grandes écoles (CGE) disposait déjà d’un référentiel sur le sujet et d’un groupe de travail, piloté par Jacques Bréjon. Le gouvernement confie ensuite à l’enseignant de Centrale la présidence d’un groupe interministériel sur l’éducation au développement durable dans le cadre du Grenelle de l’environnement. « Ce groupe de travail a débouché sur la rédaction de l’article 55 arraché de haute lutte. Les discussions ont eu le mérite de mettre autour de la table des parties prenantes qui n’avaient pas l’habitude de se parler : le ministère, la CGE, la CPU et les étudiants », raconte Gérald Majou de la Débutrie, référent DD&RS de la Conférence des grandes écoles depuis 2010.

L’article 55 de la loi de programmation relative à la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement promulguée en 2009 impose à tous les établissements d’enseignement supérieur de s’engager dans une démarche de développement durable au travers d’un Plan vert, et de pouvoir solliciter une labellisation. « Cet article a enclenché pour la première fois une dynamique collective à l’échelle nationale. La CGE a décidé de passer d’un groupe de travail sur le développement durable à une commission. À cette époque, quelques établissements chefs de file comme Kedge ou encore l’École des Mines de Nantes avaient déjà des référents développement durable », poursuit le référent développement durable et responsabilité sociétale de la CGE. Avec ces personnes et leurs équivalents dans les universités, la CGE et la CPU participent alors à des groupes de travail communs, animés au départ par le ministère de la transition écologique. « Nous étions environ 25 référents, dont une dizaine sont toujours en poste », souligne Céline Leroy, chargée de mission transition écologique et sociétale de France Universités (anciennement Conférence des présidents d’universités, CPU) depuis 2007. Cette mobilisation aboutit à la création en 2009 d’un référentiel, dit Plan vert, entre les universités, les écoles, les étudiants et le ministère, puis à partir de 2012 à l’organisation de colloques intitulés écocampus. 

Des sujets pilotés par les conférences d’établissements

Au-delà des actions individuelles des écoles et universités, les conférences d’établissements se structurent aussi en interne pour fédérer les chargés de mission engagés sur ces sujets. Elles regroupent à ce jour environ 250 référents DD&RS. En 2016, France Universités crée notamment un groupe de travail sur le Programme d’efficacité énergétique des campus à horizon 2030. « Douze universités pilotes se sont engagées à élaborer un nouveau modèle allant vers la soutenabilité budgétaire des universités. Plus d’une vingtaine d’établissements sont maintenant dans le processus et disposent d’un outil de prospective financière en libre accès », détaille Céline Leroy. Depuis 2013, la conférence dispose par ailleurs d’un comité développement durable, transformé en 2021 en comité de la transition écologique et sociétale, afin de prendre en compte la dimension systémique du sujet. Pour Mathias Bernard, président de l’Université Clermont Auvergne et président de ce comité de 2021 à 2022, son existence « permet d’agréger les réflexions engagées par les présidents d’université, d’animer un réseau au sein des établissements et d’être reconnu par les acteurs institutionnels. La notion de transition est importante. Par leurs missions de recherche, de formation et d’innovation, les universités ont un rôle particulier à jouer pour préparer l’avenir. » 

Le rôle des étudiants dans la prise en compte de ces enjeux

Quel rôle ont joué les étudiants dans ces évolutions ? Pour le chargé de mission de la CGE, ils représentent le levier le plus fort pour faire bouger les institutions. Il cite les manifestations pour le climat et la publication du Manifeste étudiant pour un réveil écologique en octobre 2018. Signé par plus de 31 000 étudiants de 400 établissements du supérieur, le texte marque l’émergence d’un collectif structuré et force de proposition auprès des institutions. « Il y a eu un avant et un après Pour un réveil écologique. Leur manifeste a fait l’effet d’une bombe qui a profondément secoué l’enseignement supérieur et les entreprises. Avant ces mouvements étudiants, peu de présidents d’université ou de directeurs osaient monter au créneau publiquement sur ces sujets ».

La montée en puissance au niveau politique

La prise en main des sujets liés au développement durable s’est accélérée ces derniers mois, notamment dans les équipes présidentielles des universités. Alors que ces problématiques étaient autrefois une mission secondaire des vice-présidents ou directions de l’immobilier, elles sont de plus en plus portées politiquement, avec une personne dédiée. « Le renouvellement des gouvernances de nombreuses universités durant les trois dernières années s’est accompagnée de la nomination de VP transition écologique ou développement soutenable. C’est un signal politique fort ! », note Céline Leroy.

« Ces vice-présidents s’appuient sur des chargés de mission, voire des équipes dédiées, pour mettre en place une feuille de route en matière de transition écologique et sociétale. France Universités accompagne la montée en puissance de ces équipes, aux côtés de réseaux comme le Collectif pour l’intégration de la responsabilité sociétale et du développement durable dans l’enseignement supérieur (Cirses) », constate la chargée de mission de la conférence. Preuve de la professionnalisation de ces fonctions et de la multiplication des VP DD&RS, une association réunissant les vice-présidents et chargés de mission en charge de la transition écologique et sociétale des universités (VP-Trees) s’est constituée début septembre 2022. 

Le ministère de l’enseignement supérieur à la manœuvre

Le portage politique de ces sujets se fait désormais dans les établissements et au ministère. Nommée en mai dernier ministre de l’enseignement supérieur, l’ancienne présidente de l’Université Paris Saclay a recruté dans son cabinet une conseillère transition écologique en la personne de Jane Lecomte. L’ancienne professeure des universités en écologie figurait déjà dans l’équipe de gouvernance de Sylvie Retailleau à Saclay comme VP développement soutenable. « Jane Lecomte a suivi toute l’élaboration du rapport Jouzel dans le groupe de travail, c’est une courroie de transmission très efficace auprès de la ministre », souligne Gérald Majou de la Débutrie. Au ministère, elle est épaulée par Michel Eddi, récemment promu haut fonctionnaire au développement durable. L’ancien PDG du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) doit rédiger le plan climat et biodiversité du MESR, la déclinaison ministérielle du plan gouvernemental de planification écologique « France Nation Verte ».

 Vers des schémas directeurs du développement durable ?

 Les établissements devront aller encore plus loin d’ici 2023 en établissant des schémas directeurs du développement durable. C’est ce qu’a annoncé Michel Eddi lors des rencontres 2022 de Campus France fin novembre : « Nous avons passé le temps du volontariat, des établissements les plus en avance. Ces chantiers doivent désormais concerner tout le monde et chacun doit apporter sa contribution. Le ministère souhaite demander à tous les établissements de produire un schéma directeur du développement durable et de la responsabilité sociétale d’ici deux ans. »

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